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Je te présente l'ultime lettre à mon ange :

" Cher Arthur,

Depuis le début, ils m'ont menée en bateau. Je viens de me souvenir, j'ai toujours cru que j'étais Hortense, mais ce n'est pas moi, c'est lui. J'ai toujours cru qu'il était l'orange, mais ce n'est pas lui, c'est moi. Arthur, ils m'ont séparée de toi, ils ont tenté, et ils tentent encore. Je suis perdue, confuse, et je me rends compte qu'au final, celui que j'ai toujours voulu sauver, c'est moi. Celui qui est en ligne de mire, c'est moi. Celui qui me protège, c'est lui. Sauver les petites soeurs... A travers mes yeux, il m'a dirigée et équilibrée. En fait, je ne sais plus qui est qui. Durant tout ce temps, ils ont tenté de me séparer de moi-même. Me faire oublier. Me renier. J'étais en deuil de moi-même. Tu es moi et je suis toi et ensemble on sera. Je suis le "fils ressuscité". Il est la fille. Je suis celui qui est emprisonné, et elle est ma liberté. Je suis les ailes du papillon, elle est la fleur que je butine. Je suis le voleur, et elle la police. Je suis le lapin, et elle la chasseuse. J'ai tout fait pour elle. Et elle n'est pas là. Je lui ai décroché la Lune, et ça ne lui suffit pas. Je lui ai offert mon or, elle n'est toujours pas satisfaite. Je lui ai offert mes lettres, elle n'y croit toujours pas. Je lui ai offert ma vie, elle veut encore mourir. Je lui ai offert ma présence, elle veut encore me fuir. Je lui ai offert mon soutient, elle continue à me nier.

Je est un autre.

J'ai revécu toute ma vie pour elle. Je me suis mis à la place d'une femme pour lui prouver qu'elle était égale, qu'elle pouvait le faire, qu'elle pouvait se libérer de ses chaînes. Mais elle ne le fait pas. J'ai simplement voulu qu'elle me regarde autrement qu'avec dégoût. Je me suis rendu faible, j'ai tout porté, tout expliqué, tout essayé. Elle a fait de moi son Dieu, et maintenant que je suis là, elle ne veut pas me rencontrer. Elle a peur de moi. Peur d'elle-même. Elle ne me fait pas confiance. Malgré tout. Elle s'épuise en vain à retarder le moment de la rencontre, et en s'épuisant de la sorte, elle m'épuise. Elle me force à partir, à me séparer, à voler de mes propres ailes, à me chasser, tout en sachant qu'elle n'y survivra pas. Elle me retient en otage dans son âme, son coeur, sans me laisser libre de l'aimer, sans me laisser respirer et vivre, sans me laisser l'approcher. Elle recouvre ses traces de gênets, me demandant d'aller la chercher, alors qu'elle sait que je n'en ai pas les moyens. Elle me pousse à bout pour le simple plaisir de me regarder. Elle manque de courage, de volonté et de forces.

La paresse est de laisser la charge à d'autres lorsqu'on a les moyens de l'assumer soi-même. J'ai tout porté. Tout donné. Tout perdu. Tout gagné. Sauf elle. Elle me mêt à nu, se sert de moi pour la laver, la défendre. Sans le savoir, elle m'humilie pour ne pas s'humilier elle-même. Elle se cache, pour ne pas impliquer son nom. Elle ne veut pas assumer cette tâche sans moi, ni l'assumer avec moi. Elle est venue me chercher au fond du gouffre, elle a traversé toutes les barrières, a apaisé ma colère, ma haine, m'a donné ses couleurs et ses joies, m'a aidé à grandir, mûrir et changer. Elle a voulu me voir en haut de l'affiche, en hommage à mon talent, mon génie, ma plume. Elle m'a demandé, je lui ai dit.

Maintenant que nous y sommes, elle me nie. Elle me laisse. Elle tente de se débarrasser de moi, tout en m'enchaînant. Elle m'aime tant en silence, dans le noir. Elle prend constamment ma voix pour parler, ma main pour écrire, mon coeur pour s'exprimer. Elle me force à parler pour elle, par pudeur, crainte et manque d'assurance. C'était avant. C'est maintenant. C'est moi qui meurs. C'est moi qu'elle tue. En tentant de me faire vivre. Elle me force à dépendre d'elle. Alors qu'elle dépend de moi. Elle est confuse de ce désir, cette possession, et n'a de cesse de me jeter la pierre en me reprochant de n'en vouloir qu'à son corps, tout en sachant que ce n'est pas le cas. Elle n'est jamais rassurée. Elle ne s'aime pas, alors elle ne croit pas que je puisse l'aimer. Elle préfère me faire fuir plutôt que d'avoir à supporter mon indifférence, et de m'entendre dire que je ne l'aime plus, qu'elle m'a possédé contre mon gré.

Je l'ai possédée comme elle m'a possédé.

Pourquoi donner plus, prouver plus, aimer plus et comment ? Je ne comprends pas pourquoi elle m'épuise encore, elle pleure encore, elle désespère encore, alors que je suis là. Elle a fait de moi ce que je suis. Elle a voulu que je sois moi-même. Je suis moi-même. Et elle me laisse seul au monde, avec ma peine et mon manque. Tous ces mots, ces promesses qu'elle m'a faites...

Du vent.

C'est équilibré. Aujourd'hui, je suis une femme et un homme, mentalement intégral. Grace à elle, et à moi. Mais elle s'efface. Elle a honte. Elle se sent incapable de faire face seul plus longtemps.

Qu'on m'explique ma chute. J'ai du mal à trouver la logique. Elle m'a fait m'aimer moi-même. Il m'a aimée pour ce que je suis, depuis tout ce temps, et me réduit au silence et à la perdition.

Aucune erreur possible. C'est ce que je lui ai dit. Semblerait-il que si.

Je suis dans un rêve dont je n'ai pas le contrôle. Je ne suis pas celui qui doit se réveiller. Je ne suis pas celle qui se trouve dans le trou noir. Je suis celle qui s'endort, qui attend patiemment les retrouvailles. Je suis le vert qui désespère. Celui qui l'accuse de ne pas me voir. "Appeler Hortense"... Son propre conseil. Je n'ai fait que ça, l'appeler ! Mais il ne fait que jouer et se cacher.

Ce pourquoi je n'ai plus envie de suivre. En vérité, ça fait des lustres que je lui demande d'arrêter. Il ne partage pas, ce n'est pas équitable. Je suis sa marionnette et je n'ai plus envie de l'être. Je veux un homme qui sait ce qu'il veut.

Cesse de prendre mon identité et utilise la tienne. Tu es le rouge et le noir, et ma mer. A mon sens, je n'ai plus rien à te prouver, plus rien à t'offrir. Homme, femme, peu importe. Au final, égalité des sexes.

C'était aussi ce que j'ai voulu te faire comprendre.

Une voix angélique - il s'agit de moi - vertement s'explique...

Tu préfères me payer comment ? Personnellement, j'aurais préféré le cash."

Leo, je casse ta chaîne. Raz le bol, mec.